mercredi 6 janvier 2016

Hier j'étais Jacqueline Sauvage, aujourd'hui je suis Charlie...

j'ai envie d'écrire aujourd'hui quelque chose de plus personnel.

Il y a un an, "Charlie" faisait encore partie de ma vie "vivante", surtout Cabu, il y a un an il vivait encore "en vrai" et je pouvais y penser comme quelqu'un / quelque chose de positif. Il faisait partie intégrante de ma "bonne vie". (Un docu ici où on les voit...)

Le début de la "bonne vie" c'est Cabu le Pacifiste, surdoué de la caricature, l'époque du début des "radios libres", notamment Radio Libertaire, découvrir que la vie peut être belle, libre, sans violence, j'avais 20 ans, grâce au travail que j'avais trouvé, grâce aux collègues jeunes comme moi, et grâce au patron qui m'avait inscrite dans une formation, sur place et pendant les heures de travail, ce qui m'a permis de raccrocher ma scolarité, la découverte du syndicalisme avec la CFDT et la rencontre avec celui qui est devenu mon mari.

Cabu, les dessins de presse, ma joie, la liberté d'expression, tout était lié pour moi. J'étais abonnée. Du coup j'ai ressenti les attentats contre le journal à la fois comme une attaque contre la liberté de pensée en général, et un rappel de la violence au nom d'un système religieux, rappel de l'intérieur de moi, ça ne se dissipe pas, pour avoir le droit de penser dans un milieu catholique fermé, violence du dehors quand on fuit mineure, quand on est une fille qui aime juste la fantaisie au milieu de bigots ou d'hommes violents, et tout cela ne se dissipera jamais.

Ce n'est pas tant le ou "les" dieux de la couverture de Charlie bien sûr, car il existe des progressistes même chez les religieux-ses, mais ce que les hommes en font - seuls les hommes ont les postes de pouvoir religieux - et ce que les femmes aussi en font - les mères puissantes face aux enfants qu'elles formatent, elles qui les font "tenir tranquille", elles qui aiment leur fille mais plus encore l'obéissance et la conformité, quelqu'en soit le prix même celui de la vie d'un enfant, les mères qui voient mais se taisent, parce que c'est plus facile, plus confortable lorsqu'elles n'ont pas "besoin de travailler", parce qu'elles savent au fond que c'est soit obéir, soit affronter une montagne de haine du féminin, qu'elles ne se sentent pas la force de déplacer cette montagne-là, que cela pourrait être très dangereux pour elles, mortel même. Sans garantie que ça change alors à quoi bon...

Il y a aussi des résistants et des résistantes, plus ou moins costaud-es, calmes ou carrément remontées, à tous les échelons de la société et dans tous les milieux... on ne sait pas trop pourquoi on se trouve dans ce camp-là. Ce n'est pas le lieu le plus facile bien sûr, mais en arrivant on se dit "ah je ne suis donc pas folle" quand on se découvre si nombreux-ses... Entre 2 mouchoirs mouillés, je nous dis "bon courage camarades féministes" !