jeudi 23 août 2012

Reprise du blog / et buzz du "harcèlement de rue"…

Heureuse de vous retrouver ;o) J'espère que vous n'avez pas trop souffert de la chaleur ^^

Pendant ces dernières semaines, cela a donc été le buzz après le documentaire "Femme de la rue" de Sofie Peeters (étudiante belge en cinéma) (voir extrait ICI avec le journal télévisé) qui montre le harcèlement sexuel de rue au quotidien (tourné à Bruxelles, capitale de la Belgique et siège des institutions de l'Union Européenne !)… Mais c'est pareil en France !

- Un article savoureux sur le sujet "Filles des rues" de Gérard Biard dans Charlie Hebdo du 8 août 2012 …
Extraits : "Il est un droit de l'homme que l'on évoque rarement en nos sociétés démocratiques, tant il semble aller de soi : celui de marcher librement dans la rue. Pourtant, il est bafoué en permanence, chaque jour, partout, y compris en France. Des centaines de milliers de femmes peuvent en témoigner. Elles ne se font pas contrôler systématiquement par la police parce qu'elles portent une casquette à l'envers ou tiennent un mur avec des copines, mais elles sont, elles aussi, victimes d'un "délit de faciès", d'autant plus insupportable qu'il ne scandalise au fond pas grand monde. Parce qu'elles portent une jupe, un débardeur ou rien de spécial, mais marchent simplement seules, elles s'exposent à subir regards lourds, remarques, harcèlement, agressions verbales et physiques, et à se voir proposer au mieux un verre, au pire la botte, là, tout de suite.  (…)
Visible sur internet, [le film de Sofie Peeters] a "fait le buzz", comme on dit, et entraîné un tsunami de commentaires édifiants. Écartons d'emblée les accusations de racisme et de mépris de classe, au prétexte que Sofie Peeters a filmé dans un quartier défavorisé, peuplé majoritairement d'immigrés. Ce qui est raciste, comme tout ce qui se cache derrière le relativisme culturel, c'est de penser que, parce que ces hommes sont turcs ou maghrébins, ils sont "culturellement" excusables de leur attitude. Ce qui est méprisant, c'est de penser que, parce qu'ils sont pauvres, ils sont incapables de se conduire autrement que comme des primates.
D'ailleurs, la nature des commentaires déversés sur les forums et les réseaux sociaux prouve que ce que dévoile Sofie Peeters est applicable à tous les quartiers et à tous les milieux sociaux- parions qu'elle serait confrontée aux mêmes sifflements si elle arborait une robe à fleurs à l'Assemblée nationale française… (…)

… Face à la déferlante de témoignages de femmes qui confirment la banalité de ce qui est montré dans ce document, une grosse majorité d'internautes mâles se lance dans d'ébouriffantes exégèses de "la drague" de rue, invoquant "l'hommage", "le compliment", "la convivialité", "le jeu", "la séduction".  Sans parler de l'inévitable "galanterie" qu'il serait temps d'arrêter de confondre avec la politesse. Si les femmes avaient le cul devant, il y aurait beaucoup moins d'hommes pour s'effacer et leur tenir la porte ou monter derrière elles dans l'escalier "pour les retenir si elles tombent".
Jusqu'à ceux, nombreux, qui accusent ces grincheuses asociales de refuser tout contact humain : si on ne peut plus se parler, où va-t-on ? Conseillons à ces éminents sociologues de la convivialité de tenter une expérience 'in vivo' : qu'ils abordent un parfait inconnu dans la rue - de préférence costaud et bourré de testostérone, afin de pimenter le test - pour le complimenter sur son physique et lui proposer de but en blanc de lui payer un verre. Ensuite, en parlant très rapidement de préférence - un coup de boule est vite parti -, qu'ils lui expliquent qu'il s'agit juste de rapports humains sans aucun sous-entendu… (…). " (fin de citation)

- Un site contre le harcèlement (en français "Mettre fin au harcèlement de rue" ICI… / en anglais "Against Street Harassment" ICI…)

- un article du Monde parle des témoignages de femmes sur le sujet ICI...

- il existe un hashtag sur twitter #harcelementderue, lire ICI… 

- à lire ICI de Irene Zeilinger "NON C’EST NON" Petit manuel d’autodéfense à l’usage de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire...

... un petit bout de témoignage personnel :

J'ai été jeune aussi hein, et je faisais "très jeune", je me suis souvent baladée seule entre 14 et 18 ans. Je confirme c'était déjà l'enfer à l'époque à Paris et proche banlieue (années 80). J'ai à peu près tout essayé, ma meilleure astuce : à l'époque je baragouinais encore assez bien l'allemand (langue peu parlée, quelle chance), donc je faisais semblant de rien comprendre en français. Je m'habillais le plus mal possible mais c'est vrai que ça ne suffit pas. Surtout que j'ai travaillé assez jeune, et on ne peut le faire si on a un aspect négligé donc…. pas évident…
Voici une anecdote + récente, je la raconte car il y a un côté marrant, et j'aime rire (mais c'est super triste au fond !)

Je finissais de sécher des couettes dans une laverie automatique, une pièce en longueur. On était que 2... une jeune fille et moi, au fond. 2 types entrent, genre potes un peu marginaux, 1 vieux calme, et 1 jeune sautillant très speed, qui d'emblée vient vers nous pour faire chier, la jeune surtout (car moi à 40 ans, j'appréciais déjà de plus être 'jeune' rien que pour ça ;o). Voilà on est au fond, "coincées"… Le vieux reste planté à l'entrée et le jeune vient faire chier au fond. Je sens que ça va être compliqué, je crains l'éventualité d'une arme en cas de lutte, alors pendant qu'il commence son harcèlement verbal à la jeune, j'envoie discrètement un message à mon conjoint sans l'affoler au prétexte que "le linge est super lourd ! Titi, stp, viens m'aider à le porter, VITE car y'a du monde aux machines". Je veux pas l'affoler ou le rendre furax. Je reste à vaguement plier mes affaires, le jeune lourd n'arrête pas verbalement, et il colle, ce chieur. Ce qui a été drôle, c'est que la seconde où Titi a franchi la porte avec la plus grande décontraction, les 2 gars ont sauté comme des ressorts, ils se sont barrés mais alors… ventre à terre. Ils ont dû le prendre pour un vigile et ils ont détalé. On a été soulagées ! Après on a rigolé… Mais qu'est-ce que c'est triste en réalité, de constater ça. Et cette laverie 'en longueur'  où on peut être piégée au fond, eh bien je n'y suis jamais retournée ! Voilà comment se partage l'espace public, en France, dans un quartier ordinaire de Paris.

- Et pour finir avec un humour de résistance, 2 vidéos très drôles ci-dessous, une de Bérengère Krief "cours de répartie anti relous" et l'autre par Vie de Meuf  "les relous"…


VieDeMeuf : Les Relous par osezlefeminisme

et un excellent court métrage "Majorité opprimée" d'Éléonore Pourriat